J’ai compté hier soir : dans ma cuisine, j’ai un truc pour éplucher l’ail (jamais servi), un thermomètre de viande connecté (utilisé deux fois), une balance qui parle au téléphone (elle beugue), et un moulin à poivre électrique qui a coûté 40 balles pour faire ce qu’un moulin à main fait très bien depuis 1850. Et ça, c’est juste la cuisine. Dans la salle de bain, y’a un rouleau à micro-aiguilles acheté sur un coup de tête après avoir vu passer une pub. Je l’ai utilisé trois fois. Il prend la poussière.
Le microneedling, tiens, parlons-en. C’est vendu comme le Botox du pauvre, la jeunesse en kit, tout ça. Sauf que quand tu creuses un peu, les dermatos sont beaucoup moins enthousiastes que les influenceuses. Le principe : tu te fais des micro-trous dans la peau avec un rouleau plein de mini-aiguilles pour « stimuler le collagène ». En cabinet, avec du matériel médical, ok, ça a une vraie efficacité prouvée. Chez toi, avec un rouleau à 25 euros mal désinfecté ? Franchement, tu prends surtout le risque de te faire une infection cutanée. C’est le genre de gadget qui coche toutes les cases du « utile en théorie, catastrophique en pratique ».
Et pourtant on continue tous d’acheter. Moi le premier.
Le truc c’est qu’on est dans une époque où littéralement chaque objet du quotidien a sa version « smart ». Ma voisine a acheté un collier GPS pour son chat — un chat d’appart, qui ne sort jamais. Elle m’a expliqué avec un sérieux désarmant que c’était « au cas où ». Au cas où quoi, je ne sais pas trop. Mais le marché des objets connectés pour animaux explose, et pas qu’un peu. Distributeurs de croquettes programmables, litières auto-nettoyantes qui envoient un rapport sur ton téléphone (oui oui, un rapport de crotte), caméras pour surveiller ton chien pendant que tu es au boulot, gamelles qui pèsent la ration au gramme près. Certains trucs sont géniaux, d’autres relèvent du délire consumériste pur.
Perso, j’ai un avis assez tranché : un distributeur automatique quand tu bosses en horaires décalés, c’est utile. Une caméra pour parler à ton chat depuis le bureau, c’est plus pour te rassurer TOI que pour lui. Lui il dort, il s’en fout complètement de ta voix qui sort d’un haut-parleur au milieu du salon.
Ce qui est marrant, c’est de voir à quel point l’emballage marketing fait tout. Les enseignes qui débarquent en France en ce moment — genre celle qui vient d’ouvrir à Toulouse dans le centre Esquirol — ont bien compris le truc : mettre plein de petits objets pas chers, mignons, avec un design nordique épuré, et hop, tu ressors avec un porte-clés en forme d’avocat et une trousse à maquillage dont tu n’avais pas besoin. C’est de la vente d’impulsion pure, et honnêtement, ça marche même sur moi qui suis pourtant averti. On rentre pour un stylo, on repart avec trois sacs. Un peu comme quand tu ouvres une plateforme genre enseignesdemarcq.fr « juste pour voir » et que tu réalises deux heures plus tard que Brutal Casino t’a bien accroché avec son interface — le principe est le même, on est câblés pour la nouveauté et le petit shot de dopamine.
Bref, revenons aux gadgets. Ma règle personnelle, celle que j’essaie (mal) d’appliquer : est-ce que je l’aurais acheté si je l’avais vu en magasin sans la pub ? Si la réponse est non, c’est probablement un futile déguisé en utile.
Y’a quand même des vrais bons plans dans le lot. Les prises connectées, sérieux, ça change la vie — programmer la lampe du salon pour qu’elle s’allume à 18h en hiver quand tu rentres, ça vaut ses 15 euros. Les capteurs de qualité d’air aussi, surtout depuis qu’on sait à quel point l’air intérieur est parfois pire que dehors. Les balances de cuisine qui affichent en grammes ET en tasses, pour ceux qui suivent des recettes anglo-saxonnes, c’est franchement pratique. Et les brosses à dents électriques, désolé pour les puristes, mais c’est objectivement mieux qu’une brosse manuelle, les études sont assez claires là-dessus.
À l’inverse, dans mon panthéon perso des gadgets les plus inutiles jamais achetés : le presse-agrumes électrique (ça prend trois placards pour faire ce qu’un citron pressé à la main fait en 10 secondes), le cuiseur à œufs (t’as déjà essayé une casserole ?), la gourde connectée qui te rappelle de boire (ta soif fait ça très bien gratuitement), et la lampe qui simule le lever du soleil que j’utilise consciencieusement… en été, quand le vrai soleil se lève tout seul.
Le pire c’est que je sais tout ça. Et pourtant la semaine dernière j’ai commandé un range-câbles magnétique en promo. Il est arrivé hier. Je ne l’ai pas encore ouvert.